Récits de voyages, carnets de route et autres chroniques vagabondes ...

lundi 11 juin 2012

Syrie, tel père tel fils (5)

Dimanche 12 mars 1995, à bord du vol KL 515 de Damas à Amsterdam
Depuis que nous avons quitté Palmyre, je n'ai pas eu un moment tranquille pour écrire. A l'aéroport de Damas, je suis tombée sur un chef d'escale jordanien sympa qui a accepté de surclasser la moitié de mon groupe. A peine endormie, j'ai été réveillée par un passager hollandais passablement éméché qui s'est littéralement écroulé sur moi. Donc, j'écris. Bon, où en étais-je restée ? 

La journée de samedi a été consacrée à la visite de Damas, une ville qui m'a charmée. Nous avons commencé par le Musée qui possède de belles œuvres d'art sumérien et byzantin mais peu mises en valeur. Puis, à la Mosquée des Omeyyades, nous les femmes avons dû revêtir une espèce de manteau noir à capuche pour ne pas rentrer "impures" dans le lieu sacré. Les Syriennes, quant à elles, portaient toutes le hicham ou le tchador.

L'une d'entre elles, en prière, était quasiment en transes, tandis qu'à ses côtés son bébé d'un mois peut-être braillait dans les bras d'une "grande sœur" de 3 ou 4 ans à peine. Au cœur de la mosquée érigée à l'emplacement d'une ancienne église, trône le tombeau de Saint Jean-Baptiste dont Adel nous dit qu'il est vénéré par les Musulmans au même titre que n'importe quel autre prophète.

Le Palais Azem est très agréable avec ses palmiers, ses orangers et ses fontaines en mosaïques. Il faisait très beau et j'y serais bien rester à lire tranquillement. Mais le déjeuner dans un restaurant du centre nous attendait avec le menu habituel : caviar d'aubergine dont je raffole décidément, brochette de poulet et chich kebab. L'après-midi s'est passée en shopping : pas de marchandage ici mais grand choix de brocards, beaux objets en céramique et marquèterie incrustée d'ivoire ou de nacre.  

Au bout d'une rue, se cachait la petite chapelle de Saint Ananie, l'un des premiers évêques chrétiens persécutés qui soigna la vue de celui qui allait devenir Saint Paul après son apparition sur le fameux "chemin de Damas". On se souvient de nos leçons de catéchisme, de bourreau Saul se fit prêcheur et finit décapité par les Romains. 

Le soir, nous avons dîné dans un restaurant où nous étions les seuls touristes. Il y avait là un orchestre syrien et des hommes qui dansaient par couples des danses traditionnelles. Les femmes ne dansent pas. Les rares présentes sont soit très maquillées et bien coiffées, en jeans ou mini-jupe et fumant le narguilé, soit au contraire, en loden fermé jusqu'au cou malgré la chaleur, foulard sur la tête et flanquées de deux ou trois gamins en bas âge. 

(Triste) épilogue : Le 10 juin 2000, le vieux dictateur, Hafez el-Assad meurt. Son fils aîné Bassel décédé en 1994 dans un accident, c'est finalement le cadet, Bachar, qui lui succède. Un vent de liberté politique semble vouloir souffler sur le pays. La suite, on la connaît. En mars 2011, à la suite des printemps arabes en Égypte et Lybie, l'opposition syrienne croit son heure venue et appelle à des manifestations un peu partout. 

La répression exercée par le régime de Bachar el-Assad et l'armée est féroce : arrestations, tortures, pilonnage des lieux d'insurrection, massacres de civils, femmes et enfants compris. 12000 morts à ce jour. Quant au tourisme, même si cela peut paraître dérisoire de s'en préoccuper, il faudra attendre des années avant de pouvoir retourner en Syrie et avoir, comme je l'ai eue en 1995, la chance de connaître les beautés de ce pays ...